BANFF / NEW YORK / by Helena Vallée

Je marche sur le Mont Sulphur.

 Je suis heureuse, fouettée par une brise froide et pure comme il n’en existe plus ailleurs; une brise qui envahit le corps partout à la fois le coeur en premier.

Je regarde l’horizon que m’offre mon podium après quelques heures de randonnée: des monts à perte de vue, une forêt sans fin. Des lacs, puis un village, pelade infectieuse au milieu des arbres.    Je coiffe de mon insignifiance un gigantesque amas de vie entrelacée, plus solide que l’ensemble de mes environnements passés, et pourtant déjà fragilisé. 

Ces montagnes qui portent tout sont mourantes comme nous.

Mes bottes de randonnée râpent le sentier de leurs crampons, ce sentier qui creuse le roc comme un long coup de couteau, griffure de la base au sommet que mes bottes empêchent de cicatriser. Si j’étais nu-pieds, la souffrance de la montagne me serait transférée.

Hélas, l’Homme se choisit toujours.

Je m’excuse donc, et poursuis mon chemin. 

Rendue au sommet, je me sens petite.

Ce paysage est la nature dans une liberté plus absolue que tout ce que je pourrais observer ailleurs. Les derniers retranchements d’un monde qui par défaut n’est plus absolument libre du tout. 

Ailleurs, le mal est fait. Le sol grouillant a été étouffé par le béton, partout, les maisons en rangées et les grattes-ciels. Les arbres sont des orphelins élus pour enjoliver des plates-bandes de fleurs qui à libre arbitre n’auraient jamais poussées là , des fleurs qui attendent des pollinisateurs qui ne viennent plus,  des fleurs cueillies ou mortes sans offrir de fruit, ce qui ne choque personne car le fruit est à l’épicerie.

Il paraît que progrès signifie avancer.  Alors avançons encore un peu pour survivre à nos désastres en concoctant de nouvelles façons de vivre aussi ergo-eco-tech que possible, seule issue d’une population qui ne cesse de croître sur une terre qui a tout donné.

La vraie solution est l’éducation. Puisque les enfants m’intimident (ils voient tant), je ne saurais m’impliquer significativement. Ma solution à moi, c’est la poésie. La peinture.

Un hommage à l’humanité dans ses médiums les plus usés et délicieux, j’offre à notre dégénérescence un baiser soufflé par un ancien amant, pas moins dégénéré que les autres. Comme on a chanté ses vieilles chansons à mon grand-père dans ses derniers moments. Mon grand-père avait ce charme d’une autre époque, une époque à laquelle j’aurais encore pu être séduite par l’expérience humaine. Une époque où les corps interagissaient par la chair et les regards,  sur des visages que la foule n’avait pas encore noyés. 

L’humain en tant qu’animal terrestre s’est déjà exprimé de façon exquise à travers le temps. Michel-Ange et De Vinci, Velazquez et Rembrandt, ne trouveront pas leurs égaux en peinture dans nos temps à venir.  La littérature répétera les mots de ceux qui les ont baptisés, et même le plus adroit écrivain demeurera l’étudiant de Balzac, Hugo et multiples Grands.

La musique de Chopin. Le cinéma de Chaplin. 

Shakespeare. 

La liste est impossible.

L’art du futur a pour seule ambition de soulager l’angoisse ou l’enthousiasme de ses auteurs en inspirant ses contemporains. Mais c’est vainement qu’il cherchera à revêtir les lauriers d’une Première Place. 

 L’humain en tant qu’animal technologique peut encore inventer, lui. Malheureusement, ou heureusement, je suis de la vieille école.

Et puis, je me trompe. Ce qu’on peut faire de mieux, ce n’est ni enseigner, ni créer: c’est aimer, évidemment, qui comprend les deux précédents et une foule d’autres verbes qui accélèrent notre pouls ou donnent la chair de poule. L’espoir de l’humanité n’a jamais été autre.

Aimez.

Et si vous avez besoin d'aide avec ça, faites-moi signe.

La Folie n'est peut-être pas un si mauvais guide.

La Folie Guidant l'Amour, 2016 Love and Madness, 2016

La Folie Guidant l'Amour, 2016

Love and Madness, 2016


I am hiking on Mount Sulphur.

I am happy. I breathe.  The wind is cold and pure.

I watch the horizon: countless mountains, lakes, trees; the gates of the forest are too far to see. Then, a village, infectious bald spot amidst the leaves.  My insignificance is standing atop an incredible network of life, the steadiest environment I have ever existed in. And yet, this place is not what it used to be. Like us, the mountain is dying.

My hiking boots are scratching the trail as I go. The trail appears to me as a long, serpentine knife wound, the place where nothing grows, maintained as such by my boots. Were I to take them off, the suffering of the mountain would become my own.

But of course, Man always comes first.

I apologize, and walk on.

Upon reaching the summit, I feel small.

This landscape represents one of the last wild places on earth.  Nature's retreating post.

Elsewhere, the ground is choked by pesticides and granite and houses and skyscrapers.  Silenced. Trees are orphans, selected to enhance the look of perfectly dead grass and flowerbeds, flowers without bees, flowers without fruits, an anomaly that disturbs no one as long as the fruit is in the grocery store.

Progress means stepping forward. So let's advance further and develop ways to stay afloat, new cocktails of science for our ever-growing population on a planet that has nothing left to give.

The best solution is education. Children intimidate me (they see so much), so my own solution is painting.

An ode to humanity in one of its oldest and most delicious mediums; a kiss from an ancient lover, a lover not less degenerate then his successors. 

Let's paint and remember the past, just like we've sung his old songs to my grandfather in his last moments.  He had the charm of another era, a time where I still, perhaps, could have been seduced by the human experience. A time when bodies interacted through flesh and glances, when faces had not yet disappeared into crowds and screens.

The human as an earthly creature has already expressed itself in exquisite ways. Michelangelo and Da Vinci, Velazquez and Rembrandt, will not find their master in times to come. Even the most talented writer will remain the student of Balzac, Hugo, and countless other Greats.

Chopin's music. Chaplin's cinema. Shakespeare. A list is impossible.

The art of tomorrow will continue to relieve its authors of their anxiety or enthusiasm while inspiring others, but it should not hope to be decorated by a first-position prize.

Sure, the human as a technological creature can still invent. Unfortunately, or fortunately, I come from the old school.

Also, I am wrong. The solution is not to educate or create: it is obviously to love, which encompasses both and so many other verbs that are the makers of joy and terror in any language. Humanity's salvation has never been other than this word. Love.

So if all that Madness guides Love, then let us close our eyes, and hope it knows the way.